Julie Kieffer

House-warming party

2019
Exposition en duo avec Laura Pardini
Résonnance Biennale de Lyon


Entre habiter et abriter se situe une paroi, et son épaisseur,
son moyen d’isoler et sa manière d’être hermétique.
Voir l’architecture comme un espace qui contient nos circulations.
Elle est faite à l’échelle de notre corps.
Comme le mobilier, ce sont des appuis.
L’habitation appuie des gestes.
Conduit nos circulations.
C’est aussi une sorte de protection, de coquille.
La coquille dans le sens de l’abri plus qu’un corps.
Ce sont ici deux entités distinctes, l’abrité et l’abri.

La notion d’habiter, d’habitat, parcourt nos deux pratiques sur différents points. Cela passe par des gestes d’accrochages, de monstrations mais aussi à travers des termes et notions qui suivent nos recherches en filigrane.

La fonction primaire de l’habiter est, en premier lieu, d’abriter l’humain des intempéries - le froid, la neige, le vent, la pluie. Cette notion se détache de toute considération de sédentarité ou nomadité. L’abri protège aussi des dangers et des bêtes sauvages, il met à l’écart et forme notre coquille manquante.

Après l’abri vient le foyer dans son sens premier qui est l’espace où l’on fait le feu. Ceci vient répondre à deux de nos besoins primaires après la mise en sécurité qui sont : se nourrir et se réchauffer. Par extension ce terme est devenu aujourd’hui synonyme de notre lieu de vie ce que l’on comprend aisément car c’est le lieu qui reçoit et réunit la famille, il fait communauté.

Dans cette architecture un aménagement se met en place selon son utilité. C’est à ce moment-là que peut naître la notion de foyer, un certain environnement s’installe. Matériellement une organisation de l’espace est tracée, plus ou moins ergonomique. C’est également l’aura du lieu qui se fabrique. Nous sommes accueillis de manière différente selon les typologies de lieux. Ainsi la manière d’accueillir varie.

Mais habiter c’est aussi se situer. Le mot posséder par exemple - pos et sedere - signifie littéralement «celui qui a le pouvoir de s’asseoir», «celui qui siège sur son territoire». Le mot lieu quand à lui désigne une portion déterminée dans l’espace. En posant son foyer quelque part, temporairement ou de manière plus pérenne, l’humain se situe dans l’espace. Par extension nous pouvons aussi interpréter les créations de cosmologies et les mythes des origines comme une manière de jalonner symboliquement l’espace qui nous entoure. «Je viens d’ici, je suis là, je suis.» Notons d’ailleurs que cosmos qui voulait déjà dire monde en latin, vient du grec et désigne l’ordre. Selon Guy Tapie dans son ouvrage «Sociologie de l’habitat - Vivre l’habitation» c’est même le sacré qui apporte l’ordre au sein de la communauté et du domestique «Le fait religieux structure les premiers groupements humains et leurs relations internes plus encore que l’économie et la politique.» Et plus loin dans l’ouvrage «le temps est immuable, organisé en cycles qui se répètent. Le récit de l’origine est un mythe transmis de génération en génération, qui fait autorité. Il se répercute sur toutes les règles de la vie sociale (...). Cet ordre symbolique donne une unité fondamentale aux activités du groupe.»

Une fois bien installé.e, qu’est-ce qu’un accueil chaleureux ?

Cette question amène l’idée d’autonomie d’un corps dans un espace qui lui est inconnu. Mais aussi l’appréhension d’une architecture pour un corps. À travers ces questionnements, le noyau est «comment recevoir un public dans une exposition ?». C’est à ce niveau que la notion de foyer se déploie.

House-warming party, et pendaison de crémaillère en français, sont des expressions de l’accueillir. C’est le moment où nous nous retrouvons, où nous allumons le feu et sommes prêt.e.s à accueillir.

Laura Pardini et Julie Kieffer